Un texte qui date de 2006, à l’époque où j’écrivais. Les thèmes de la ville et la nuit sont inspirés par Mikage dans Kitchen (titre français) de Banana Yoshimoto. Excellent roman.
Le jour-mal intime de ma ville
La ville insensible. Cette ville qui vit en dehors, par, avec, pour, malgré, en moi. Cette ville à deux faces. Cette ville chargée, difforme, unique. Cette ville à moi. Cette ville comme moi. Le jour rempli et silencieux, bétonnant, l’enrobe, la cristallise. Elle reflète l’ordre, le mouvement lucide des 9 à 5, le trafic logique, la routine agitée, le vide morose comblé par le temps à gagner. Le soleil passe sans qu’on y porte attention. La ville est dans ses souterrains et lorsqu’elle remonte à la surface, elle s’isole dans ses gratte-ciel. Le paradoxe urbain. Lorsque l’on peut tout voir, il n’y a rien de concret à observer; la beauté s’est fait éclipser par le manque de temps, le manque de temps pour la chercher, pour la contempler, pour la remercier. Le manque de temps, le manque de soi. Les gens s’oublient pour leurs intérêts futiles. Le soleil aveugle l’Homme, le perverti. L’arc-en-ciel n’est qu’une illusion, rien de concret. Le soleil fait peur, on ne peut le voir en face.
La lune et sa nuit mouvementée mais ô combien diversifiée enveloppent ma cité, l’attendrit. Les gens sont plus libérés sans être plus libres d’eux: le système solaire les a eu, ils sont tous en orbite autour du profit ou du profiteur, c’est selon. Le soleil est encore à l’Å“uvre, la lune le reflétant mais adoucissant ses effets. La nuit offre une palette de possibilités, offre une autre vision des choses. La noirceur calibre le stress, atténue la photosynthèse capitaliste. On peut décrocher du rythme, s’adonner au “bridge” de la journée ou se reposer du grondement UV. La nuit inoffensive, mystérieusement sereine malgré l’agitation qu’elle contient, malgré ses deux faces, malgré se qui se passe sous l’envers de la médaille.
Ma ville prend son souffle.
Ma ville change.
Ma ville se remet du jour…

Lisez Kitchen!